Archive for the ‘Culture organisationnelle et climat organisationnel’ Category
Un livre à lire. Greg Farrel est un journaliste d’enquête pour le journal USA Today et se spécialise dans les fraudes des cols-blancs.
Très bien écrit, facile à comprendre, juste assez de détail pour comprendre l’environnement dans lequel se trouve les hauts dirigeants financiers, les courtiers et les analystes des marchés depuis 1980.
L’auteur explique les gestes posés, les acteurs, les dérèglementations qui ont amené cette situation. La modification des salaires fixes vers une rémunération par des options d’achat d’actions qui incitent à trafiquer les livres et à frauder les investisseurs. La dérèglementation et les pressions politiques. Les faibles effectifs de la Security Exchange Commission (SEC), et comment cette dernière a peu de budgets , peu de comptables et avocats pour exercer sa surveillance.
La corruption à tous les niveaux avec peu de moyens pour la contrer.
Le livre a été publié en 2006 , peu après les scandales d’Enron et de WordCom et l’auteur prévoyait d’autres scandales à l’horizon même après l’adoption de la loi Sarbannes-Oxley.
L’auteur donne , dans sa conclusion, les conseils suivants:
- Soyez sceptique
- Trouvez comment l’entreprise gagne son argent
- Ne croyez pas quand les dirigeants d’entreprise disent avoir trouver une “autre façon de faire des affaires”
- Il faut protéger ceux qui dénoncent
- Pour les employés de ces entreprises: attention à ne pas se retrouver pris dans le conflit de fermer les yeux pour garder son emploi ou même d’être complice en trafiquant les livres pour que ça paraise mieux
- Plus de fonds ( pour engager des employés compétents et en plus grand nombre) et de pouvoir pour la SEC et des bonis pour les employés pour les motiver à trouver les fraudes ( car ils sont beaucoup moins bien payé que dans le privé).
John Kenneth Galbraith , économiste né au Canada , qui a été professeur à Harvard et conseiller de Kennedy mentionnait que le terme capitalisme n’était plus utilisé pour décrire notre société mais plutôt ” économie de marché” ( Market System). Ce ne sont plus les propriétaires du capital qui décident ce sont les managers:
“Managers, as will later be emphasized, not the owners of capital, are the effective power in the modern entreprise.” The Economic of Innocent Fraud, 2004 , Houghton Mifflin Company, page 3.
Dans les dernières pages de son livre , il concluait par:
“Management authority, its abuse and personal enrichment, will continue. The prime hope must be full recognition by the public and by the public authority of the opportunity it affords for socially undesirable behavior. Accordingly, there must be surveillance of the reputable entreprise and general attention to managerial self-reward…Freedom for beneficial economic action is necessary; freedom should not be a cover for either legal or illegal misappropriation of income or wealth. Corporate management must have authority for action but not for seemingly innocent theft”
The Economic of Innocent Fraud, 2004 , Houghton Mifflin Company, pages51-52.
Le New York Times indique que les banques qui ont déjà reçu des sommes importantes du gouvernement n’ont pas l’intention de rendre compte de l’utilisation de l’argent reçu :
“None of the bankers who appeared before recent investor conferences offered specific details about their intentions, but recurring themes emerged in their presentations. Two of the most often cited priorities were hanging on to the money as insurance against a prolonged recession and using it for mergers.”
Le moins que l’on puisse dire c’est que ceux qui ont voté pour le Bailout proposé par le Président Bush n’étaient pas des adeptes de Galbraith. Le Bailout ne prévoyait pas que les banques devaient rendre des comptes sur l’utilisation des sommes reçues de l’état.
On mentionne dans un article de Reuters -UK que la plus grande fraude de l’Inde, Satyam utilisait le maquillage de son encaisse ( comptabilité créative) pour gonfler la valeur de son encaisse et ainsi montrer des profits compétitifs. 94% de l’encaisse montré aux livres était fictif . Satyam, supposémment, suivait les règles comptables indienne et américaine, était vérifié par une grande firme internationale et avait des membres de son conseil d’administration crédibles. Durant le gros de la bulle technologique Satyam montrait des profits à la hausse de 50% à tous les trois mois.
Pourquoi cette manipulation?
“Pressure to maintain this pace of growth, please investors and shareholders and justify inflated P/E multiples during a six-year bull run on the stock market have all been cited as reasons why Satyam cooked the books.”
Pour lire l’article au complet, cliquez ici.
Pour ceux qui ont lu l’article précédent , vous n’aboutirez pas à un site d’hameçonnage en cliquant sur le lien.
“Snakes in Suits – When Psychopaths go to Work” de P. Babiak & R. Hare” , ce livre pourrait se traduire par “Les psychopathes dans les organisations”.
Ce n’est pas un livre sur la fraude mais on y parle des psychopathes et de leurs comportements dans les organisations. La majorité des travailleurs sont honnêtes, loyaux et respectueux de règles de la société . D’autres sont manipulateurs, dominateurs, égoïstes, ignorant les règles ( elles ne sont pas pour eux ) et concernées par eux-mêmes seulement. Ils cherchent le pouvoir et le contrôle et souvent ces gens se retrouvent dans des postes de direction. C’est un terrain que ces gens aiment, ils s’y sentent à l’aise. Pour eux, c’est l’atteinte du succès à n’importe quel prix.
Les psychopathes qui se retrouvent dans des postes importants sont charismatiques, fins manipulateurs, et même charmeurs et ces caractéristiques peuvent être confondues à celles du leader.
Vivre avec ou côtoyer un manipulateur peut être excessivement pénible pour l’entourage et l’organisation. Ce livre nous montre comment ils agissent, comment ils savent trouver les failles d’une organisation et les faiblesses d’un individu. En connaissant leurs agissements, cela nous aide à les identifier et agir en conséquence pour protéger l’organisation ou pour se protéger en tant qu’individu. Des trucs pour analyser les curriculum vitae, techniques d’entrevues, et une liste qui permet de lever des drapeaux rouges complètent le bouquin.
Facile à lire, intéressant, 336 pages aux éditions Harper Collins, 2006.
Pour prévenir la fraude dans les organisations, ca prend beaucoup plus que des contrôles internes, ca prend un climat de sens moral qui doit être véhiculé à tous les niveaux de l’organisation et surtout par la haute direction.
Henry Mintzberg de l’université Mc Gill , dans son article sur “How Productivity Killed American Entreprise ” mentionne que la poursuite de la productivité et de la maximisation de la valeur des actionnaires ( qui en fait sont, pour beaucoup, des spéculateurs et « day trader), le focus sur la performance provoqué par la règle de publication des résultats intérimaires trimestriels amènent la haute direction à penser court terme au détriment du service, de la clientèle, des produits à moyen et long terme et au développement durable. Rajoutons à cet environnement, une rémunération de la haute direction basée surtout sur des options d’achat d’actions et carte blanche pour agir mais toujours dans un but d’augmenter le prix des actions à la bourse. Tricherie, maquillage des états financiers, peuvent facilement devenir la norme. La recommandation de Mintzberg sur ce qu’il faut faire maintenant c’est de se questionner sur ce qui nous a amené à cette situation , de la valeur des actions de l’actionnaire qui nuit à la valeur de l’entreprise et aux valeurs humaines et du genre de leadership que l’on favorise.
Selon Duffield et Graboxky dans ” The Psychology of Fraud“, le profit d’un fraudeur au niveau de la haute direction montre un individu qui est admiré pour ses succès, son dynamisme. Il aime le pouvoir, le contrôle, il a une impression favorable de lui-même telle qu’il est narcissique et une croyance infaillible qu’ il fait ce qui doit être fait et que c’est un preneur de risque. Ils se sentent supérieurs aux autres. Leona Helmsley, une riche américaine accusée de fraude fiscale mentionnait avec arrogance « only the little people pay taxes » ( “ce sont seulement les gens ordinaires qui paient des taxes” , traduction libre).
Et pour terminer , en parlant d’Enron, le président Bush attribuait la chute de la compagnie en 2001 à « quelques pommes pourries » dans le panier. Lorsqu’on lit l’actualité financière et le nombre de fraudes de plus en plus important avec des pertes pour les investisseurs de l’ordre de dizaines de billions de dollars , le scandale des commandites, Lacroix , Madoff, Mount Real, Olympus et autres c’est plusieurs récoltes de pommes qui ne semblent pas être bonnes.
Vous connaissez surement des individus qui ont ce profil, j’en connais aussi mais ce ne sont pas nécessairement des fraudeurs mais ces traits de caractère et attitudes prévalent dans la population des fraudeurs. Mais en plus des caractéristiques psychologiques des fraudeurs , ca prend l’environnement propice à la fraude. « Le microbe n’est rien. Le terrain est tout » selon Pasteur, c’est vrai en biologie mais aussi dans les organisations. Le fraudeur a la possibilité d’agir parce que l’environnement est propice.
À suivre.
Existe-t-il un climat organisationnel ou une culture organisationnelle qui encourage la fraude et la malveillance ?
On pourrait répondre non. Aucun dirigeant ne voudrait qu’un de ses employés fraude ou détourne des fonds de l’entreprise. Les procédures de contrôle interne existent, entre-autre, pour préserver l’intégralité des actifs, pour éviter les détournements de fonds, les vols d’inventaire ou d’autres actifs.De plus, les règles de Sarbanes-Oxley ou SOX aux États-Unis (loi de 2002 sur la réforme de la comptabilité des sociétés cotées et la protection des investisseurs)ou la Loi 198 au Canada, pour les compagnies publiques , ont été mises sur pied après le scandale d’Enron et par le fait même la perte de crédibilité des vérificateurs Arthur Andersen. Ces nouvelles normes exigent que les dirigeants d’entreprise puissent garantir l’intégrité des états financierset certifier le maintien de contrôles internes adéquats et efficaces. D’autres règles sont stipulés pour éviter les conflits d’intérêts : les vérificateurs ne peuvent être des consultants. Le but de ces normes : recréer la confiance des investisseurs . Au Canada, la mise en œuvre de ces normes devait être effective pour le 31 décembre 2007.
Au niveau de l’organisation, ces normes ont permis de faire l’évaluation des contrôles internes et de procéder à des correctifs et la mise en place de comités de vérification proactifs.

On peut considérer, par analogie, ces règles de présentation de l’information financière comme les signaux routiers que l’on retrouve sur les autoroutes. Un virage à 90 degrés? Il faut ralentir, il y a aussi des garde-fous sur les côtés du précipice, nous avons notre ceinture de sécurité, nos airbags, les 2 mains sur le volant, nos pneus d’hiver, sans alcool dans le sang… sauf qu’il y a toujours des accidents graves et des pertes de vie.
Donc, la fraude n’existe plus? Ou est-elle vraiment limitée à des situations exceptionnelles?
Il y aura toujours des fraudes. À cause du facteur humain , des pressions auxquelles les dirigeants font face , de l’environnement organisationnel et de la psychologie des dirigeants et du fraudeur. On parle d’éthique, de probité , de sens moral.
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